Groenland 2025 : instrumentation sismique et forages pour modéliser la dynamique glaciaire

La campagne de terrain du programme de recherche REASSESS (projet European Research Council (ERC)) vient de commencer : 9 personnes, 1 mois, un camp de base sur la glace du Groenland et plus de 11 tonnes de matériel pour mettre la calotte polaire sur écoute.

L’objectif est de déployer près de 180 points d’écoute sismique en réseau, et de forer les 700 mètres de glace qui nous séparent du socle rocheux sur lequel le glacier avance.

Cette installation à haute résolution spatiale et temporelle inédite permettra de mieux cerner les propriétés du réseau hydrologique sous glaciaire et son rôle dans le glissement basal de la calotte.

In fine, les conclusions contribueront à confirmer une hypothèse émise lors de travaux précédents sur la base d’images satellitaires au Groenland et des expérimentations ciblées dans les Alpes : la pente de surface des glaciers joue un rôle premier dans le stockage d’eau liquide à la base, conditionne la lubrification de l’interface glace-roche et donc le glissement.

Ces résultats permettront d’évaluer plus précisément la contribution de la calotte Groenlandaise à la hausse du niveau des mers en réponse au changement climatique.

 

Episode 1 : Nous débarquons à Kangerlussuaq sur la côte Sud Ouest du Groenland. Au terme de trois jours de préparation sur place, avec 30 degrés de moins qu’à Grenoble, nous acheminons l’ensemble du matériel au point d’héliportage.
Nous découvrons au fond du fjord le front de la calotte, qui marque la limite de la toundra arctique. Quelques chanceux aperçoivent depuis les 4x4 chargés à blocs des rennes solitaires, des boeufs musqués farouches, les Bruants des neiges qui chantent, et le discret lièvre variable.
Des mois de préparation des charges de l’hélicoptère se concrétisent alors dans un mélange d’adrénaline et de stress.
11,5 tonnes à répartir dans les bacs orange de air Greenland, dont deux quads, la foreuse à eau chaude et ses chaudières, les barils de carburant, l’installation solaire, le matériel de camp, etc.

Deux jours d’héliportage sont nécessaires. La moitié de l’équipe se charge de terminer la préparation des bags, l’autre installe un camp sommaire pour réceptionner les charges.

Le premier vol au-dessus de la calotte révèle toute la complexité de la surface, lézardée par endroits, crevassée par d’autres, et nous donne un bel aperçu des rivières glaciaires que nous arpenterons les prochaines semaines.

La glace est criblée de trous de fonte ponctuels avec lesquels il faudra composer dans nos déplacements quotidiens. Par chance tout se déroule sans encombre et sous un soleil radieux.
La vie de camp s’organise doucement, le soleil ne se couche plus et remplit l’horizon blanc d’une lueur nouvelle.

Crédits texte et vidéo : Marine Jambeau