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Le chant des cailloux (épisode 2) : à l’écoute de la musique Rock’n Roll des Rolling Stones

19 janvier 2017

Comment l’écoute du paysage sonore de la rivière peut nous aider à comprendre pourquoi les ponts s’écroulent.

Comment mesurer là où on ne peut pas entrer, là où les instruments ne pénètrent pas ?
Le médecin a répondu à cette question en écoutant les bruits du corps avec un stéthoscope. Le sismologue écoute aussi les bruits de la terre et ses vibrations avec un géophone. Il s’agit en fait de deux techniques similaires où l’on ausculte (écoute + analyse) des signaux de pression émis par le milieu étudié. L’analyse est celle de l’expert, avec ou sans l’intermédiaire d’un enregistrement ; le médecin entend le souffle au cœur et le sismologue localise l’épicentre du tremblement de terre.
On a aussi appris à interpréter la réponse du corps ausculté à des signaux externes, en médecine depuis le rudimentaire "dites 33 !" jusqu’à la fabrication des images par l’échographie. Ce sont aussi les méthodes de l’exploration géophysique, où le signal est parfois acoustique (des ondes de pression, provoquées par exemple par un choc), mais souvent aussi une sollicitation électrique ou électromagnétique (toujours des ondes, mais d’un autre type et à des fréquences beaucoup plus élevées). Ces méthodes permettent le diagnostic sans ouvrir le corps pour voir la tumeur en médecine, sans besoin de la tarière pour localiser la cavité souterraine en géophysique.

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La rivière Arc en crue

Et l’ingénieur qui réfléchit se demande : « Cette rivière, peut-on l’ausculter, connaître ce qui se passe sous la surface en écoutant ses bruits ? Ça la chatouille ou ça la grattouille ? Parle-t-elle ? »

L’eau, quand elle coule, n’est jamais silencieuse. Les ruisseaux babillent, les cours d’eau gazouillent et un fleuve plus grand et plus large raconte des choses plus profondes et plus complexes. Les grands fleuves s’expriment sur une fréquence très basse, trop basse pour l’oreille humaine, même pour l’oreille des chiens qui sont incapables de saisir les mots qu’ils prononcent ; le Fleuve du Temps racontait ses histoires sur la plus basse de toutes les fréquences, et seule une oreille d’éléphant pouvait en percevoir les chants.
Salman Rushdie, Luka et le Feu de la Vie, trad. Gérard Meudal, Ed. Plon, 2010

Le gravier et le caillou font aussi leur musique, c’est décrit par Giono dans l’extrait cité plus haut « Du fond de l’eau monta comme une galopade de troupeau« . L’aventurier Baudolino qui tente de traverser le Sambatyon perçoit une grande variété de sons et de timbres :

Là, par une fente, presque une blessure entre deux monts, on voyait le Sambatyon prendre sa source : un bouillonnement d’arène, un gargouillement de tuf, un égouttement de boue, un cliquètement d’éclats, un grondement de limon qui s’encaillotte, un débordement de mottes, une pluie d’argiles peu à peu se transformaient en un flux plus constant qui débutait son voyage vers quelque immense océan de sable. (…)
Umberto Eco, Baudolino , trad. Jean-Noël Schifano, Grasset, 2000

Peut-on pour de vrai mesurer la taille des graviers et des cailloux qui roulent au fond de la rivière à partir du paysage sonore enregistré au fond de l’eau ? localiser et quantifier leurs déplacements ? L’ingénieur et le chercheur peuvent-ils donner une valeur au paramètre petit a de l’équation qui décrit le mouvement de ces cailloux qui font la frayère du brochet ?

Voici pourquoi nous écoutons le chant des cailloux qui roulent au fond de la rivière.

Plongeons a tête sous l’eau et écoutons le vacarme du transport par charriage au cours d’une crue de l’Arc-en-Maurienne.