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OSUG - Terre Univers Environnement

Umberto Ecco - Baudolino

Transport solide par charriage

22 mai 2018 ( maj : 27 mai 2018 ), par Philippe Belleudy

Baudolino traverse le Sambatyon

C’était vraiment le fleuve de pierre, et ils s’en rendirent compte quand ils arrivèrent le long de ses rives, étourdis par le grand fracas qui empêchait presque chacun d’écouter les paroles de l’autre. C’était une coulée majestueuse de rocs et de limon, un flux sans trêve, et on pouvait voir, dans ce courant de grandes roches informes, des dalles irrégulières, coupantes comme des lames, larges comme des pierres tombales, et, entre les unes et les autres, du gravier, des fossiles, des pics, des roches et des éperons.
Allant à une vitesse égale comme poussés par un vent impétueux, des fragments de travertin roulaient les uns sur les autres, de grandes lèvres de failles y glissaient dessus, pour ensuite réduire leur élan quand elles rebondissaient sur des flots de caillasse, alors que les cailloux désormais ronds, polis comme par l’eau dans leurs glissades entre bloc et bloc, sautillaient bien haut, retombaient avec des bruits secs, et se voyaient pris par ces mêmes tourbillons qu’eux créaient en se heurtant les uns contre les autres. Au milieu et au-dessus de ce chevauchement de masses minérales, se formaient des souffles de sable, des bouffées de craie, des nues de lapilli, des écumes de ponces, des rus de malthe.
(…)
Là, par une fente, presque une blessure entre deux monts, on voyait le Sambatyon prendre sa source : un bouillonnement d’arène, un gargouillement de tuf, un égouttement de boue, un cliquètement d’éclats, un grondement de limon qui s’encaillotte, un débordement de mottes, une pluie d’argiles peu à peu se transformaient en un flux plus constant qui débutait son voyage vers quelque immense océan de sable. (…)
En proférant des exclamations qui certes ne leur garantissaient pas la bienveillance du ciel, ils décidèrent alors de suivre le fleuve dans l’espoir que celui-ci, s’ouvrant enfin, que ce fût en une bouche, en un delta ou un estuaire, se changeât en un désert plus calme. (…)


Umberto Ecco, Baudolino (chapitre 27 : Baudolino traverse le Sambatyon) / traduction Jean-Noël Schifano / Grasset 2000

Le Pré de Madame Carle
Ce n’est pas un oued, mais on retrouve ici un peu de l’intermitence du débit évoqué dans le texte : pendant les belles journées à la fin du printemps et au début de l’été, la fonte diurne de la neige provoque une forte augmentation du débit du torrent issu des glaciers Noir et Blanc avec un gonflement des différents bras de la tresse (et la mise en eau de certains d’entre eux), un transport solide par charriage très intense, et une mobilité des formes et des chenaux.

Hydrologie

Il semblerait que la rivière dont il est fait référence ici est un oued observé en l’absence d’eau _ mais alors devrait être immobile. Ou alors l’auteur pense au Tagliamento.

On trouve des éléments qui ne sont pas réalistes, en premier lieu la variété des formes et la variété des lithologies. Le rythme d’écoulement ne se peut pas se justifier par rapport à celui d’une lave torrentielle qui est trop brève, ni à celui du charriage qui est intermittent.
À la source, ce n’est pas comme cela que ça se passe mais évidemment on peut regarder un chaos d’éboulis comme un bouillonnement…

Il y a aussi des éléments réalistes : l’étendue granulométrique, des cailloux « polis comme par l’eau » (mais ce n’est vrai qu’après quelques dizaines de kilomètres de parcours, pas à la source), la grosseur des galets, le ralentissement du mouvement en aval quand la section s’élargit. Et enfin l’embouchure vers un « immense océan de sable » quand la pente est plus faible.

Enfin on retiendra le bruit de ce fleuve de pierre. Sur ce thème voir :

Références

Le Sambatyon
<http://www.thefullwiki.org/Sambation>
<http://www.jewishencyclopedia.com/v...>