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OSUG - Terre Univers Environnement

Salman Rushdie - Luka and the Fire of Life : les butées

Le bourrelet de berge, morphologie fluviale

17 août 2018 ( maj : 11 octobre 2018 ), par Philippe Belleudy

Contexte

Luka and the Fire of Life est une belle histoire ’pour les enfants", mais moi j’aime bien, d’autant qu’elle se passe au bord d’un fleuve en le remontant d’aval en amont. C’est la suite (20 ans plus tard) de Haroun and the Sea of Stories.

La Rive Gauche du Fleuve du Temps

Le seul aspect positif de ce fleuve c’est que, au cours de milliers d’années, il avait déposé sur chacune de ses rives de hauts talus de terre qu’on appelait les Butées, de sorte qu’on ne voyait plus son cours à moins d’escalader une de ces digues pour apercevoir d’en haut le serpent liquide qui s’écoulait en dégageant son horrible puanteur. Et grâce aux Butées, le fleuve ne débordait jamais, même à la saison des pluies quand son niveau ne cessait de monter, et la ville échappait ainsi au cauchemar devoir se déverser dans ses rues ces eaux brun, vert et pourpre charriant quantité de monstres gluants innommables et de bétail crevé.

Salman Rushdie, Luka et le Feu de la Vie (Ch. 3) / traduction Gérard Meudal / ed. Plon, 2010

Hydrologie

Le texte décrit ici ce que l’on appelle le bourrelet de berge. C’est un élément morphologique fréquent dans les rivières de plaine qui coulent librement dans un lit majeur large. Au moment des crues, la rivière déborde de sont lit mineur et va s’épancher dans la plaine d’inondation. Là la vitesse d’écoulement sera très faible et par conséquent l’activité turbulente très réduite ; les matières en suspension qui ont franchi la berge en même temps que l’eau vont sédimenter.
Mais cette sédimentation n’est pas uniforme dans le lit majeur : la plus grande quantité de matériaux, et en particulier les sédiments les plus grossiers, vont se déposer à proximité du point de débordement en construisant une zone plus élevée que la plaine elle-même.
C’est ce que l’on appelle le bourrelet de berge, les Butées dans le texte de Salman Rushdie. Si l’on relève le profil en travers de la rivière, on constatera le profil typique en toit de la vallée fluviale. (croquis à venir...)
Le bourrelet de berge constitue donc une levée naturelle qui empêche les petites crues de déborder, alors même que le niveau de la rivière est supérieur au zones basses du lit majeur. Mais à partir de là, ce que raconte le texte est inexact : le bourrelet de berge ne protège pas complètement de l’inondation, une crue plus importante pour laquelle le niveau est supérieur à la côte du bourrelet peut survenir et inonder le lit majeur.
À une échelle de temps plus large (géologique, historique, ou même à l’occasion d’une crue un peu plus forte dans un lit très mobile), la rivière peut aussi abandonner sont lit mineur pour en construire un nouveau : c’est le mécanisme de formation du lit majeur.

On peut maintenant se poser la question suivante : quels sont la facteurs qui déterminent la largeur d’une rivière en l’absence de contrainte, c’est à dire une rivière qui n’est pas contenue par des versants trop étroits ni par des aménagements d’origine humaine ? (à suivre...)

Dépôts sédimentaires laissés par la crue du Rhône dans le lit majeur
Le Rhône a connu une crue majeure en décembre 2003 (d’ordre centennal, débit estimé à 11000m3/s à Beaucaire). Cette crue a provoqué plusieurs ruptures de digues (voir ici : http://www.donnees.rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/include/publi/pdf/Monographie_crue_rhone_200312.pdf). Cette photo montre cependant la sédimentation entre les digues, mais dans une zône où celle-ci sont éloignées du lit ; nous sommes à Fourques en rive droite du Petit Rhône dans les ségonnaux. Ces petites dunes se sont formées avec les sédiments fins en suspension. Devinette : quelle était la direction du courant ? Il y a deux éléments qui permennt de le dire...
La sédimentation au moment des débordements a été utilisée après l’endiguement des rivières alpines pour construire des surfaces cultivables au dessus du lit en tresse ancien (sur l’Isère en Combe de Savoie, dans le Rhin amont, sur le Var aval...)

Références