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Salman Rushdie - Luka and the Fire of Life : L’eau, quand elle coule, n’est jamais silencieuse.

Mesure par hydrophone du transport solide par charriage

22 mai 2018 ( maj : 2 décembre 2018 ), par Philippe Belleudy

Contexte :

Luka and the Fire of Life (Luka et le feu de la vie) est un conte pour les enfants, c’est une suite, 20 ans plus tard à Haroun and the Sea of Stories (Haroun et la mer des histoires) écrit en 1990. Ces deux contes, mais aussi beaucoup de livres de Salman Rushdie sont truffés de textes où l’encre coule de source.

L’eau, quand elle coule, n’est jamais silencieuse. Les ruisseaux babillent, les cours d’eau gazouillent et un fleuve plus grand et plus large raconte des choses plus profondes et plus complexes. Les grands fleuves s’expriment sur une fréquence très basse, trop basse pour l’oreille humaine, même pour l’oreille des chiens qui sont incapables de saisir les mots qu’ils prononcent ; le Fleuve du Temps racontait ses histoires sur la plus basse de toutes les fréquences, et seule une oreille d’éléphant pouvait en percevoir les chants.

Salman Rushdie, Luka et le Feu de la Vie (Ch. ?) / traduction Gérard Meudal / ed. Plon, 2010

Immersion d’hydrophones dans l’Arc en crue
On prépare ici l’immersion de deux hydrophones dans l’Arc en Maurienne à l’occasion d’une chasse hydraulique. Le travail de traitement du signal permet de séparer l’activité sonore due à l’écoulement (fréquences inférieures à 1kHz) du bruit généré par les matériaux charriés sur le fond (la fréquence dépend de la taille des cailloux). L’utilisation de deux hydrophones a permis d’observer que les sons générés au fond de la rivière subissent des réflexions multiples, sur la surface et sur le fond, et que ces réflexions altèrent le contenu fréquentiel du son.

Plongeons a tête sous l’eau et écoutons le vacarme du transport par charriage au cours d’une crue de l’Arc-en-Maurienne :

Spectre sonore dans l’Arc en crue
On distingue les sons provoqués par la turbulence (à gauche, fréquences inférieures à 1000Hz) et les sons générés par les galets et blocs charriés au fond de la rivière (au delà de 1000Hz, les particules les plus grossières font des fréquences plus basses). Quand le débit et que la profondeur augmentent (courbes du bas vers le haut), l’intensité sonore augmente, les fréquences émises par les matériaux charriés sont plus faibles, c’est à la fois l’effet de l’augmentation de la taille des matériaux transportés, mais aussi d’une moindre atténuation des basses fréquences quand la profondeur est plus grande. Les grands fleuves ne font pas forcément des fréquences plus basses, mais on entend mieux ces fréquences dans ces conditions (et d’ailleurs ce sont des matériaux plus fins qui sont transportés, qui font des fréquences plus fortes, au delà de 10kHz).

Voir aussi :

Pour aller plus loin :

Geay, T., P. Belleudy, C. Gervaise, H. Habersack, J. Aigner, A. Kreisler, H. Seitz, and J. B. Laronne. “Passive Acoustic Monitoring of Bed Load Discharge in a Large Gravel Bed River : ACOUSTIC MONITORING OF BED LOAD TRANSPORT.” Journal of Geophysical Research : Earth Surface, February 23, 2017. https://doi.org/10.1002/2016JF004112.
Geay, T., P. Belleudy, J.B. Laronne, B. Camenen, and C. Gervaise. “Spectral Variations of Underwater River Sounds.” Earth Surface Processes and Landforms 42, no. 14 (2017) : 2447–2456. https://doi.org/10.1002/esp.4208.
Petrut, T., T. Geay, C. Gervaise, P. Belleudy, and S. Zanker. “Passive Acoustic Measurement of Bedload Grain Size Distribution Using Self-Generated Noise.” Hydrology and Earth System Sciences 22, no. 1 (2018) : 767–787. https://doi.org/10.5194/hess-22-767-2018.