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OSUG - Terre Univers Environnement

Haruki Murakami - Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

Transit du stock sédimentaire

14 août 2018, par Philippe Belleudy

Contexte

Shimamoto-san a demandé au narrateur de l’accompagner au bord d’un "beau fleuve de montagne pas trop large, avec un lit pas trop boueux, et un courant rapide de préférence".


Je la vis s’accroupir près du fleuve pour y laisser glisser les cendres. La petite poignée de fine poussière disparut en un clin d’œil au fil de l’eau. Shimamoto-san et moi, debout au bord du fleuve, suivîmes un moment des yeux la direction du courant. Puis ma compagne considéra sa paume quelques instants avant de laver dans la rivière les résidus de cendre encore collés à sa main et de remettre ses gants.
- Tu crois qu’elles vont vraiment couler jusqu’à la mer ? demanda-t-elle.
- Peut-être.
Cependant, je n’avais aucune certitude. La mer n’était pas toute proche. Les cendres pouvaient rester bloquées dans une flaque d’eau avant de l’atteindre, mais sans doute une petite partie, si infime soit-elle, atteindrait-elle le but.
Ensuite, Shimamoto-san entreprit de creuser un trou avec un bout de branche, à un endroit où la terre était assez molle. Je l’aidais à forer une petite cavité, dans laquelle elle déposa l’urne enveloppée de tissu. On entendait les corbeaux croasser au loin. Ils avaient dû nous observer depuis le début. Mais qu’importait après tout ? Nous ne faisions rien de mal. Nous avions seulement jeté dans le fleuve les restes d’une crémation.
- Tu crois que ça finira par donner de la pluie ? lança Shimamoto-san en aplatissant la terre du bout de sa chaussure.
Je levai la tête vers le ciel.
- Non, le temps devrait tenir un moment comme ça, répondis-je.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je me demandais si les cendres allaient couler jusqu’à la mer, se mélanger à l’eau qui s’évaporera pour devenir nuages et retomber sur terre sous forme de pluie.
Je levais à nouveau la tête vers le ciel. Puis je regardai le cours du fleuve.
- Peut-être, dis-je, peut-être que ça donnera de la pluie.

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (chapitre 10) / traduction Corinne Atlan / Belfond, 2002
Dépôts sédimentaires laissés par les crues dans le lit majeur.
Ici sur la rivière Jiu près de sa confluence avec le Danube. On a creusé une tranchée dans la berge de la rivière. La coupe verticale montra les dépôts sédimentaires laissés pas les crues successives. On remarque sur la photo des strates construites par les crues successives. Le bassin versant comporte des zones minières (houille et lignites) et selon l’origine de la crue, les eaux sont plus ou moins chargées en fines particules de charbons. Les dépôts des crues qui se sont formées et qui ont érodé les versants miniers comportent ces particules en plus grande proportion et apparaissent en strates plus sombres.

illustration avec légende)

Hydrologie

Dans un courant rapide, les fines particules de cendre sont transportées en suspension. Elles descendent vers l’aval portées par le courant avec le même vitesse que l’eau de la rivière.

Risquent-elles de "rester bloquées dans une flaque d’eau" ? Dans la flaque l’agitation turbulente est très faible et les particules en suspension vont se déposer au fond, on dit "sédimenter". Si cela se passe dans le lit mineur, elles seront remises en suspension à l’occasion de débits et de vitesses plus importantes, en revanche, les particules qui sédimentent dans le lit majeur à l’occasion d’une crue risquent de se fixer ou du moins d’y séjourner beaucoup plus longtemps, des années et bien plus, avant d’être reprises par l’érosion de la berge à l’occasion des divagations naturelles de la rivière (on suppose que celle-ci n’est pas trop aménagée et qu’elle a conservé son "espace de liberté").

Enfin et bien entendu les matières dissoutes et les matières en suspension ne s’évaporent pas. Elles restent dans la mer.

Références

Voir aussi : Bob Dylan – Blowin’ In The Wind