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OSUG - Terre Univers Environnement

Gustave Flaubert - Dictionnaire des idées reçues

Prédétermination - Mémoire du risque

21 juillet 2018 ( maj : 18 août 2018 ), par Philippe Belleudy

Vieillard

À propos d’une inondation, d’un orage, etc, les vieillards du pays ne se rappellent jamais en avoir vu un de semblable.

Gustave FLAUBERT (1821-1880) - Dictionnaire des idées reçues.

Hydrologie

Et pas que les vieillards, mais un événement rare est rare ! Et même s’il est rare, il est normal d’en subir un de temps en temps.

Quelle est la probabilité de connaitre un événement centennal ?

Une crue centennale c’est une crue qui a une "chance" sur 100 de se produire chaque année. Ce temps de retour moyen (100 ans) est une probabilité d’occurrence, c’est à dire que si l’on disposait d’une très longue période d’observation du débit de la rivière, et s’il on retenait pour chaque année le débit de la crue la plus importante, on constaterait qu’un centième de l’échantillon des crues a un débit qui dépasse le débit centennal. Il n’y en a pas forcément obligatoirement une et une seule sur une période de 100 ans ; après 99 ans sans crue de niveau centennal, il n’y a pas forcément de crue centennale ; et enfin, s’il y a eu l’année dernière une crue centennale, on n’est pas à l’abri pour 100 ans !

On définit de la même manière la crue décennale, la crue millenale, etc.... et on peut faire de même avec un autre aléa, comme un orage, une hauteur de neige, une canicule.

Le tableau suivant montre en fonction du temps de retour moyen de l’aléa (les différentes colonnes), le probabilité d’observer l’aléa pendant une durée plus ou moins longue (les différentes lignes) :











Par exemple, la probabilité qu’un vieillard de 50 ans ait connu une crue décennale est de 99,5% ; et la probabilité pour qu’il ait subi une crue centennale est de 39%.

Qu’est-ce que la prédétermination ?

Calculer le débit d’une crue centennale, c’est de la prédétermination.
En premier lieu, il ne faut pas confondre la prédétermination, qui est de donner une probabilité à un aléa ("Le débit de début d’inondation a une probabilité d’occurrence égale à 1% chaque année") , avec la prévision ou l’annonce ("Demain il y aura une crue centennale").

Comment fait-on ?
Pour savoir le dé n’est pas pipé, et qu’il y a une égale probabilité de tirer chaque face, 1/6, il faut statistiquement relever au moins une centaine de tirages. Comment fait-on pour le calculer l’ampleur d’un événement rare (10 ans, 100 ans, 1000 ans) alors qu’on ne dispose pas de séries d’enregistrements de longueur suffisante pour le constater de manière statistique ?
Une crue est en fait le résultat de la conjonction de plusieurs phénomènes rares : un sol saturé + une pluie intense, étendue et durable. Il existe des lois de distribution statistiques qui s’adaptent bien à ce type de phénomène ; c’est par exemple le cas de la distribution de Gumbel pour le prédétermination des débits de crue.

Cela suppose bien l’Invariance du système. Pour que les événements passés soient utilisables dans ce calcul, il faut que les mécanismes de formation de la crue n’aient pas changé et ne varient dans dans le futur : le ruissellement reste le même - ce n’est pas le cas par exemple dans le cas d’une urbanisation d’une partie du bassin-versant qui concentre plus rapidement et fortement la pluie vers les cours d’eau ; ce ne sera pas le cas non plus si le dérèglement climatique modifie l’intensité et la fréquence des pluies.

Donner une probabilité à l’aléa, à quoi cela sert-il ?
1. À évaluer le coût des dégâts. Par la modélisation de la propagation de l’inondation, on sait calculer les impacts de la crue, par exemple l’extension et la durée de l’inondation, la vitesse du courant. Ces calculs permettent en particulier d’évaluer le coût économique de l’inondation. Si l’on connait la probabilité de l’aléa modélisé, on peut alors fixer de manière pertinente les primes d’assurance.
2. À dimensionner un aménagement : Le coût économique de l’inondation peut être comparée au coût de l’aménagement qui permettrait de s’en protéger ; le coût de l’aménagement étant bien entendu d’autant plus élevé que l’événement est fort (et rare). On définit ainsi (mais aussi en considérant les coûts écologiques, humains...) un objectif de protection.

Et cela sert aussi à évaluer l’ampleur de la crue de manière plus objective que les vieillards dont parle Gustave Flaubert.

Comment entretenir la mémoire du risque ?

Flaubert parle des vieillard du pays, et même si certains d’entre eux ont la mémoire courte, ils y aura toujours la mémé qui se souviendra que sa mémé lui disait qu’ici, la rivière avait débordé un jour. Et on ne s’installait donc pas à cet endroit là.
Mais des mémés du pays, il y en a de moins en moins, et de tout manière on ne les écoute pas quand on est bien content de trouver une charmante maison pas trop chère près de son lieu de travail dans le Lotissement des Chenevières (ce nom charmant choisi par le promoteur est celui du lieu-dit où l’on cultivait le chanvre, c’est donc un terrain naturellement humide).
C’est pour remplacer ces mémés défaillantes que l’administration entretient des repères de crues qui témoignent des événements passés.

Repères de crues à Quissac (Gard)
Le Vidourle qui est un cours d’eau cévenols a des crues très rapides et de très grande ampleur. Cette menace n’a pas empêché l’occupation des terrains proches de la rivière. L’essentiel est de garder la mémoire de ce risque et de limiter les conséquences d’une éventuelle inondation par des constructions et des usages appropriés. Cette échelle montre les niveaux atteints par les crues historiques ’récentes’, de haut en bas : 1723, 1933, 1958, 2002, 1907 : un vieillard qui ne s’en souviendrait pas est inexcusable, ou gâteux.




























































































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