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OSUG - Terre Univers Environnement

Georges Brassens - L’orage

Convection atmosphérique

21 juillet 2018 ( maj : 13 août 2018 ), par Brice Boudevillain

L’orage

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,
Le beau temps me dégoûte et m’ fait grincer les dents,
Le bel azur me met en rage,
Car le plus grand amour qui m’ fut donné sur terr’
Je l’ dois au mauvais temps, je l’ dois à Jupiter,
Il me tomba d’un ciel d’orage.

Par un soir de novembre, à cheval sur les toits,
Un vrai tonnerr’ de Brest, avec des cris d’ putois,
Allumait ses feux d’artifice.
Bondissant de sa couche en costume de nuit,
Ma voisine affolé’ vint cogner à mon huis
En réclamant mes bons offices.

« Je suis seule et j’ai peur, ouvrez-moi, par pitié,
Mon époux vient d’ partir faire son dur métier,
Pauvre malheureux mercenaire,
Contraint d’ coucher dehors quand il fait mauvais temps,
pour la bonne raison qu’il est représentant
D’un’ maison de paratonnerre. »

En bénissant le nom de Benjamin Franklin,
Je l’ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins,
Et puis l’amour a fait le reste !
Toi qui sèmes des paratonnerre’ à foison,
Que n’en as-tu planté sur ta propre maison ?
Erreur on ne peut plus funeste.

Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs,
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur
Et recouvré tout son courage,
Rentra dans ses foyers fair’ sécher son mari
En m’ donnant rendez-vous les jours d’intempéri’,
Rendez-vous au prochain orage.

A partir de ce jour j’ n’ai plus baissé les yeux,
J’ai consacré mon temps à contempler les cieux,
A regarder passer les nues,
A guetter les stratus, à lorgner les nimbus,
A faire les yeux doux aux moindres cumulus,
Mais elle n’est pas revenue.

Son bonhomm’ de mari avait tant fait d’affair’s,
Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer,
Qu’il était dev’nu millionnaire
Et l’avait emmené’ vers des cieux toujours bleus,
Des pays imbécile’ où jamais il ne pleut,
Où l’on ne sait rien du tonnerre.

Dieu fass’ que ma complainte aille, tambour battant,
Lui parler de la plui’, lui parler du gros temps
Auxquels on a t’nu tête ensemble,
Lui conter qu’un certain coup de foudre assassin
Dans le mill’ de mon cœur a laissé le dessin
D’un’ petit’ fleur qui lui ressemble.

Georges Brassens, 1960

Hydrologie

Phénomènes passionnant pour les uns, effrayant les autres, les orages laissent rarement indifférents !

Georges Brassens évoque ici des feux d’artifices (les éclairs) que l’on aperçoit lors des décharges électriques au sein des nuages d’orage ou entre ces nuages et le sol. Il évoque aussi des « cris de putois » (le tonnerre) générés par les violentes dilatations de l’air traversé par les éclairs et chauffé alors soudainement à plus de 30 000 °C ! Les charges d’électricité statique à l’origine des éclairs se sont accumulées lors de la formation du nuage d’orage au cours des nombreuses frictions entre des gouttes ou des particules de glace qui tombaient déjà et des gouttelettes d’eau nuageuse et les poussières entrainées vers le haut par de forts courants ascendants. Ce brassage vertical est typique des nuages de type "cumulus" auxquels Georges Brassens avait raison de faire les yeux doux. En effet, ces cumulus que l’on appelle parfois « nuages de beau temps » peuvent dans certaines conditions se transformer en énormes et sombres (car épais parfois d’une dizaine de kilomètres) cumulonimbus (nuage d’orage). Par contre, il n’est pas besoin de guetter les stratus, typiques d’une atmosphère "statifiée", peu favorable aux mouvements verticaux.

Les cumulus se forment par convection, le phénomène qui fait que la partie la plus chaude d’un fluide (ici de l’air), et donc moins dense, tend à s’élever tandis que la partie la plus froide, et donc plus dense, tend à descendre. Lorsque de l’air relativement chaud s’élève ainsi rapidement et qu’il est suffisamment humide, il condense et forme alors un cumulus. Si lors-qu’après avoir condensé, l’air reste encore relativement chaud, il peut alors continuer à s’élever et à condenser, pouvant alors jusqu’à former un cumulonimbus.

La convection à l’origine des nuages d’orages peut être due au fort réchauffement de la surface, notamment en été, qui créé ainsi des « bulles d’air chaudes » qui s’élèvent (les « thermiques ») ou être due au soulèvement en bloc d’une masse d’air chaude chassée par une masse d’air froide (un « front »). Le franchissement ou le contournement de montagnes par les masses d’air peuvent aussi favoriser ces soulèvements.

Et pourquoi le nom de Benjamin Franklin est-il tant béni ?
Il serait l’un des inventeurs du paratonnerre qui « aiguille » les coups de foudre en lieu sûr !

Cumulonimbus sur le Vercors
Dans la partie supérieure, l’enclume du cumulonimbus a un aspect effiloché, elle contient essentiellement de la glace. Sur la droite, entre la Buffe à l’extrémité nord du Vercors et la Chartreuse (hors cadre), le fameux trou de la mère d’Agoult !
http://le-blog-de-pierre-fassbind.over-blog.com/article-meteo-locale-l-hiver-descend-le-trou-de-la-mere-d-agoult-60597299.html







































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